Un merle a établi son territoire dans notre jardin, et pour bien le marquer vis à vis de ses congénères qui auraient envie d’y pénétrer, il chante à longueur de journée, bien juché sur la cheminée de la maison, point culminant dudit territoire. Et on l’entend bien, nous, dans la maison, car le conduit et l’âtre font caisse de résonnance ! Mais, bon, on ne s’en lasse pas, et c’est bien agréable de se faire réveiller dès le lever du soleil par le sifflement de notre bel oiseau noir…

Et il n’est pas fou, le merle, car s’il a choisi notre jardin, c’est sans doute pour la présence de nos deux grands cerisiers qui trônent au milieu de la pelouse. Non pas pour la beauté de l’arbre, c’est sûr, mais plutôt pour les cerises qui commencent en ce moment à virer au rouge ! Ah, le fourbe… Bon, je suis partageur, et je me dis que de toute façon, je n’irai jamais cueillir les fruits qui sont sur les branches les plus hautes. Il peut donc bien se les réserver.

L’avantage avec mon merle très possessif, c’est qu’il fait la guerre aux autres volatiles de son espèce, eux aussi amateurs de cerises. Dans l’absolu, c’est plutôt bien, et je me dis que partager mes cerises avec un seul merle, ça devrait le faire, comme on dit. Le problème, c’est que lorsque mon merle chanteur vole dans les plumes des merles voleurs, c’est pratiquement toujours à l’intérieur de la frondaison de mes cerisiers ! Et je ne vous dis pas le massacre avec les battements d’ailes… Je ne compter plus les cerises tombées au sol, même pas mûres et même par récupérables ! Soupir…

Je me refuse toutefois à entourer mes arbres avec un filet, d’abord parce que ce n’est pas beau, ensuite parce que c’est fastidieux à mettre en place. Entre de belles récoltes de cerises et le plaisir d’entendre mon merle siffler, mon cœur balance. Je veux les deux. Un peu.

Philippe Asseray, Expert végétal Jardiland
Jardinier expert et auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages sur le jardinage.